Diocèse de N'djamena

Historique du Diocèse de N'djamena


Historique du Diocèse de N'djamena

Historique du Diocèse de N'djamena

PATRONNE D’ARCHIDIOCESE

NOTRE DAME DE LA PAIX

 

HISTORIQUE

L’archidiocèse de N’Djamena est une circonscription ecclésiastique de l’Église catholique au Tchad, un pays d’Afrique centrale. Le diocèse de Fort-Lamy (ancien nom de la ville de N’Djamena) créé en 1955 est élevé au rang d’archidiocèse le 15 octobre 1973. Comme archidiocèse métropolitain il comprend l’ensemble du pays.

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Préface

 

L’Histoire de la Cathédrale Notre Dame de la Paix de N’Djamena et ce petit livret qui la résume nous plonge dans le mystère du grain semé et qui pousse dans le secret de Dieu, malgré les vicissitudes de l’histoire tumultueuse du monde, de notre pays et d notre Eglise. C’est une histoire marquée par des hommes hors du commun, qui ont su donner à Dieu la place qui lui revient dans leur vie et fonder sur lui leurs entreprises.

 

Grâce à leur foi, leur courage et leur détermination nous avons hérité d’un monument grandiose qui a fait la fierté des tchadiens, toutes confessions religieuses confondues : la Cathédrale Notre Dame de l’Assomption. Comme victime et témoin silencieux de notre histoire tourmentée, elle porte les stigmates de la guerre civile qui a endeuillé le Tchad de 1979 à 1985.

 

A moitié détruite en 1980, elle a été reconstruite à la hâte en 1986 comme signe d’espérance au retour de la paix dans le pays. C’est pourquoi elle a été dédicacée sous le nom de « Notre Dame de la Paix » pour que le chrétiens continuent à y invoquer la grâce de la Paix sur le Tchad. La reconstruction fut également l’œuvre de nombreux hommes et femmes de foi de tous les horizons et de toutes les confessions religieuses.

 

La décision de restaurer la cathédrale dans sa forme primitive et en y ajoutant un clocher en forme de flamme qui monte vers le ciel, notre génération veut exprimer sa ferveur et sa détermination à poursuivre l’œuvre d’évangélisation entreprise par nos « Pères-fondateurs ». Ils nous ont laissé un héritage sur lequel nous devons veiller jalousement pour le transmettre à notre tour à la génération qui vient.

 

C’est pourquoi, par delà notre indigence et les contingences socio-économiques de notre pays, nous  voulons manifester notre foi à travers ce projet et par les sacrifices et la mise en commun de nos maigres ressources exprimer notre générosité au Seigneur.

 

Nous le savons, ce n’est pas nous qui construisons une maison au Seigneur, c’est le Seigneur qui nous construit, construit nos familles, notre nation et notre Eglise. Mais si  Dieu veut habiter au milieu de nous comment ne pas lui faire une place digne de lui comme les aînés dans la foi que nous allons découvrir dans ce petit parcours de l’historique de la Cathédrale Notre Dame de la Paix.

Qu’au terme de cette lecture, il ne subsiste plus de doute sur le bien-fondé de la restauration de notre sanctuaire.

 

                                                          Mgr DJITANGAR Goetbé Edmond

                                                            Archevêque métropolitain de N’Djamena

 

Avant-propos

 

De la victoire à la paix, il y a un long parcours qui nous conduira depuis la période coloniale jusqu’à l’indépendance et à la guerre civile de 1979 qui a embrasé le Tchad. Il s’agit ici de faire un voyage en ayant comme phare deux lieux complexes : le politique et le religieux. L’édifice religieux qui nous intéresse est marqué par le contexte politique ; voilà pourquoi il nous sera difficile dans ce parcours de dissocier les deux lieux tantôt complices tantôt ennemis.

 

Politique évoque la seconde guerre mondiale qui a bouleversé  puis réorganiser le monde. Politique évoque aussi le ralliement du Gouverneur Eboué à la France Libre en Août 1940 marquant un tournant décisif, et pour le Tchad et pour l’Eglise. Ce ralliement sera suivi par l’épopée célèbre du colonel Leclerc et de sa fameuse « colonne » (devenue Deuxième Division Blindée » (DB) à la Libération).Partie de Fort-Lamy, elle rejoint le général Montgomery en Afrique du Nord pour commencer la Libération de la France et sortir le Tchad de l’anonymat. Politique évoque enfin la destruction de la cathédrale, victime de la division des Tchadiens qui jusqu’alors vivaient dans une convivialité relative, faite de l’acceptation de leurs différences.

 

Religieux évoque le vœu de Leclerc et de ses compagnons de revenir construire une « église souvenir » et de la dédier à Marie, Dame des victoires, s’ils sortaient vainqueurs des combats. Religieux exprimera encore la volonté des chrétiens de reconstruire la Cathédrale dans une capitale dévastée et meurtrie, marquée par les stigmates des conflits, abandonnée…pour la dédier à Notre-Dame de la Paix.

 

Dans les deux cas, Marie, la Mère de Jésus, a un grand rôle à jouer et ce à des moments historiques, moments de nouveaux départs. Ainsi la cathédrale est, dès le départ, le fruit de l’héroïsme, du courage et de la détermination de nombreux hommes mus par leur foi.

 

1.      La « préhistoire » ou les premiers pas des missionnaires au Tchad

 

Les premiers missionnaires catholiques à fouler le sol du Tchad furent les Pères spiritains venus de l’Oubangui- Chari (actuel République Centrafricaine).  La première mission fut créée à KOU en 1929, village situé dans l’actuel Diocèse de GORE. La Congrégation romaine de Propaganda Fide avait confié le territoire du Tchad septentrional au vicariat de KHARTOUM (PP. Missionnaires du Cœur de Jésus appelés aussi Comboniens). Pour des raisons plus de géopolitique que d’inaccessibilité, le territoire sera cédé le 3 mars 1932 à la Préfecture apostolique de FOUMBAN (Cameroun) dirigé par les PP. DEHONIENS (appelés aussi PP. de St QUENTIN).

La situation ecclésiale du territoire va évoluer avec l’érection le 20 mai 1940 de la Préfecture Apostolique de BERBERATI (RCA) et confiée aux Capucins de Toulouse. Celle-ci comprend alors une grande partie du sud du Tchad. Mais la grande  évolution d la mission catholique à Fort-Lamy se fera avec un pionnier : le P. Fréderic de BELINAY.

 

2.      Au commencement était Frédéric de BELINAY.                                      

 

La vocation du Père Frédéric de BELINAY  pour le Tchad est survenue au cours d’une partie de chasse en compagnie du Lieutenant Jean MAZODIER. Ce Lieutenant, ancien du Tchad, avait partagé avec le Père de Bélinay sa douleur de n’avoir pas  rencontré un prêtre durant ses années de service passées au Tchad.

Depuis ce jour, le P. de Belinay, lui-même ancien Saint-Cyrien (il avait quitté l’armée à 23 ans pour entrer dans la Compagnie de Jésus), était resté bouleversé. Il va mener des démarches, longues et difficiles mais qui aboutiront le 11 octobre 1934 : il obtient enfin le titre d’aumônier militaire bénévole…au Tchad. Il arrive  au Tchad le 20 mars 1935…à 59 ans.

Il va parcourir le territoire pour découvrir le pays et prospecter des lieux pour y installer éventuellement des postes missionnaires. Les  premières messes étaient célébrées à Fort –Lamy furent dans une salle de la Mairie, occasionnellement mise à la disposition du culte catholique. Ce bâtiment deviendra par la suite le Musée National à partir de 1941. La mission de Fort-Lamy qui a ainsi commencé par une aumônerie militaire fait partie tout naturellement de la préfecture Apostolique de Foumban même si les P. Déhoniens n’y ont pas mis les pieds.

 

Comme aumônier militaire, le Père de Belinay reçoit juridiction personnelle sur tout le territoire situé au nord du 10ème parallèle. Il parcourt le nord, le centre et une grande partie du sud. En 1946, la Propaganda Fide fait appel à deux autres  congrégations pour couvrir le territoire du Tchad : les Oblats de Marie (déjà présents au Nord – Cameroun) pour le sud-ouest et la Compagnie de Jésus pour le nord et le sud- est.

Du point de vue des infrastructures,la mutation sera aussi rapide. Le Père de Belinay aménagera une chapelle dans l’ancien cercle des sous-officiers, cédé par l’armée. Le Père SCHERANTZ,  compagnon du P. de Bélinay  sera curé de Fort-Lamy en 1946 ; c’est le début du site de la mission dite « centrale », actuel Archevêché. 

La chapelle  actuelle de l’Evêque, située dans le même bâtiment devenu procure, est le chœur de ce qui était la "première cathédrale de Fort-Lamy" ! Chagoua, Village de pécheurs, hors de la ville, sera le deuxième poste de mission  qui sera érigé en paroisse en 1947 et  Kabalaye, une mare asséchée, le sera en 1950…

                                                                    

3.      Notre Dame des Victoires.

 

En 1938, le monde était sur le pied de guerre. Le Tchad est un territoire de la colonie française de l’Afrique Equatoriale Française (AEF). Il est gouverné par Félix Eboué, un Guyanais qui ralliera le territoire à la France libre le 26 Août 1940. Les autres colonies françaises de l’AEF suivront Félix Eboué et se rallieront à la France Libre (Cameroun 27 Août,  Congo Brazzaville 28 Août) tandis que l’ensemble des colonies et protectorats français en Afrique Noire sont restés fidèles au Marechal Pétain.

 

Le Gouverneur Eboué et le colonel  Leclerc sont les deux héros aux destins exceptionnels qui marqueront la suite de l’histoire du Tchad et de la France. Le Colonel Leclerc prend la tête de la «colonne saharienne» de 6 000 hommes composés de « Tirailleurs sénégalais du Tchad », d’autres unités provenant du Congo, de l’Oubangui-Chari et du Gabon et de 500 volontaires européens.

Après ses campagnes victorieuses en Libye et en Tunisie, la colonne dite aussi « Leclerc »sera affectée en avril 1944 à la 3e armée américaine du Général Patton basée en Angleterre. Elle participe au débarquement de Normandie, libère Paris le 25 août,  Strasbourg le 23 novembre, Royan le 18 avril 1945 et s’empare du «Nid d’aigle» d’Hitler à Berchtesgaden à la veille de la capitulation allemande le 8 mai 1945.

 

De retour à Fort-Lamy, les officiers constatent qu’il n’y a pas de lieu digne pour prier et surtout pour remercier la Vierge -Marie pour son intercession. Il fut décidé de construire une « église-souvenir » dédiée à Notre-Dame des Victoires. C’est un acte de foi et de reconnaissance de ces  croyants qui ont vu dans cette victoire une  action  éclatante de Dieu.

 

Pour réaliser le projet, les initiateurs décidèrent  de  se constituer en association. Le 26 février 1942 sont déposés les statuts de l’Association pour la construction de l’Eglise Notre-Dame des Victoires à Fort-Lamy. Ils ont été élaborés par le Père Bernard FRANGIER, aumônier militaire, et le capitaine BONNET. Cette association comprenait trois sous-comités :

 

1.      le Sous- comité de patronage dirigé par Mr. René PLEVEN, médecin général, et comprenant le gouverneur  EBOUE et le général de LARMINAT ;

2.      le Sous-comité d’honneur comprenant les généraux LAPIE et LECLEC et les évêques du Cameroun ;

3.      le Sous - comité local dont le président est le Père Bernard et le secrétaire trésorier STAEVELINCK.

 

 

Pour réaliser le projet, une souscription est lancée par le trésorier de l’association. Aussitôt, trois cent mille (300 000) francs furent collectés en l’espace de quelques jours à Fort-Lamy. Des notables musulmans, dont M. Lamine Ousmane, les frères Khalifa et Mabrouk Abou Seif ont aussi apporté leur contribution.

 

Le projet était soutenu par tous les missionnaires et autorités coloniales de l’AEF (Afrique Equatoriale Française). De toute la France, de l’Afrique (Cameroun, Congo,  du Gold- Coast) et de l’Amérique Latine, arrivent les contributions et les dons. Des comités locaux sont créés partout : Bangui, Libreville, Douala etc…

 

Le 16 août 1942, le Général de Gaulle envoie vingt mille (20 000) francs au comité et le félicite pour son initiative qu’il "approuve hautement ». Le 12 octobre 1942, le million de francs est atteint et les travaux peuvent donc commencer. Les plans sont établis par le lieutenant De HERRING, un protestant, architecte dans le civil ! C’est une Eglise octogonale de 25 mètres de diamètres et de 25 mètres de hauteur.

 

Le site retenu était ce qui deviendra le « Rond - Point de l’Etoile »  à l’indépendance, actuellement, «  Rond- Point de la grande armée ». Mgr BOUQUE, Préfet -Apostolique de Foumban, qui a fait lui-même la demande de concession du terrain, envoie du Cameroun le Frère BERTRAND qui, durant une année, va surveiller les travaux des fondations. Le 13 août 1943, Mgr Bouque venu de Foumban, pose la première pierre pour la construction de l’Eglise.

 

 

Rond -Point de l’Etoile

 

Le Père Bernard, envoyé de Foumban comme curé de Fort-Lamy (Janvier 1942-fevrier 46), se rend au sud du pays, notamment au Logone, pour y recruter de la main-d’œuvre (Mr André TOMANDE Moundouban, Laokein  MIANGUEMDE, Paul MALDAJE, Ange DEANDJI…) Il choisit de préférence des chrétiens et des catéchumènes et fera venir par la suite, leurs femmes.

 

Le 12 novembre 1943, le comité qui a déjà englouti six cent mille (600 000) francs dans la fondation, constate qu’il ne peut à lui seul réaliser le projet. Vu le grand  intérêt de tous pour ce projet, il ne s’agira plus de faire une petite  « église-souvenir » mais une « Eglise monumentale » selon les directives du Général De Gaulle au Gouverneur ROGUE, devenu membre du Sous- Comité de patronage.

 

Ainsi un nouveau plan est réalisé par un architecte de Brazzaville mobilisé, le Maréchal de Logis CASSAIGNE. Le 12 Novembre 1943, le Comité lance un SOS dans toutes les directions, mais est obligé de suspendre les travaux, malgré l’insistance du Général De Gaulle. Le 10 août 1944 le Comité arrête et décide d’attendre des jours meilleurs pour reprendre les travaux ! Une tentative de reprise du projet sera faite  le 15 février 1948 mais échouera.

 

Le 15 juin 1951, l’ « Association pour la construction de l’Eglise Notre-Dame des Victoires » décide de se dissoudre. Ses reliquats d’un montant de un million deux cents soixante-onze mille trois quatre-vingt -seize (1 271 396) francs seront remis au Père Charles MARGOT, alors, supérieur de la mission de Fort-Lamy, comme contribution à la construction de la  future cathédrale  dédiée Notre-Dame du Tchad.

 

 

                                                                  

                                 

                                      Mgr Joseph du Bouchet, Préfet Apostolique de Fort -Lamy.

 

4.      Notre-Dame de l’Assomption

 

Le 13 janvier 1947 la préfecture apostolique de Fort- Lamy est érigée et comprend tout le territoire du Tchad, y compris Doba, Moundou Fort-Archambault, Bongor…Monseigneur du Bouchet est nommé  préfet apostolique. Il va reprendre en mains le projet et l’orientera vers la construction d’une grande cathédrale à Fort-Lamy.  En 1958, Fort-Lamy sera érigé en diocèse et Mgr Paul DALMAIS sera nommé le premier évêque. Il décide de poursuive le projet malgré l’opposition de certains missionnaires pour qui il faut s’atteler à construire d’abord des églises de pierres vivantes avant les églises de pierre. Mais pour le nouvel évêque, il faut aussi une belle Eglise de pierres dans la capitale du jeune Etat en construction.

 

a)     Les financements

 

Monseigneur Paul  Dalmais persiste et organise une vaste collecte dans tout le pays, en France  et à travers le monde entier auprès des institutions et associations. Une souscription sera lancée en direction de tous les continents. Il s’appuiera surtout sur des réseaux d’amis, les milieux des industriels, des commerçants, des familles d’anciens militaires du Tchad, de ses condisciples de classe du collège Sainte -Hélène. Un comité lyonnais de la cathédrale sera créé et  Mgr Dalmais

 lui confie le lancement de la souscription dans la région.

 

Au-delà des contributions personnelles (Madame LECLERC, appuyée par son fils Charles, organisera des collectes dans les écoles…. Madame Jeanne de SCHOTHEETE financera par exemple juste le baptistère en juillet 1961), des contributions sectorielles seront réalisées :  la bibliothèque sera financée par le FAC, le vitrail de la façade est exécuté par le Père CUISY de la procure de Maroua au Cameroun…. La contribution du Gouvernement tchadien d’un montant de huit cent mille (800 000) francs a fait l’objet d’un débat houleux à l’Assemblée Nationale en 1963. Ce débat était soulevé par quelques députés musulmans, opposés à la contribution financière du gouvernement.

 L’architecte Mr. André GALLERAND avait offert gratuitement ses services pour l’élaboration du plan et de la maquette de la Cathédrale. Les travaux devaient débuter en février 1958, conduits par l’entrepreneur RABOZ et devaient s’achever pour Noël 1959 ! Le coût total  était estimé à soixante-cinq (65) millions de francs. La cathédrale est conçue pour accueillir deux milles (2 000) personnes debout.

Elle se présente comme une bâtisse imposante de 25 m de haut et  d’une superficie de 1 800 m3 et la voûte est en forme de navire renversé. L’architecture s’est inspiré du style des cases locales en particulier, l’ogive de la façade-est qui rappelle la case en  obus des  massa et des mousgoum (peuples à cheval entre le Cameroun et le Tchad). Le bois de la charpente, le "doucier", provient de la République -Centrafricaine ! Le toit est recouvert de tuiles provençales provenant des briqueteries de Gassy, un village à l’Est de la ville de Ndjamena. Pour des raisons financières, la construction du clocher en forme de flamme a été reportée « pour plus tard ».

 

b)     Choix du site

 

Construire une Cathédrale à Fort-Lamy, oui mais où ? C’était une grande interrogation car la place de l’Etoile choisie par le Général Leclerc était trop petite et la paroisse de Kabalaye est en  dehors de la ville. Après de longues transactions(y a t-il  eu échange avec le site retenu par Léclerc au rond -Point de l’Etoile ?) l’Eglise a obtenu de l’Etat un terrain sur la « Place de la Libération » qui deviendra en 1960 « Place de l’Indépendance »…où Mgr Dalmais avait été ordonné évêque en 1958 par Mgr Yves Plumey, Evêque de Garoua, assisté de Mgr Mongo, Evêque de Douala.

                    

Le Général De Gaulle aux côtés de Mgr du Bouchet lors d’une procession du 15 août à Fort -Lamy

 

c)      Pourquoi Notre Dame de l’Assomption ?

 

Initialement, la cathédrale était dédiée à Notre-Dame de Fort-Lamy comme l’indique les génériques du chantier. Le Père de Belinay pour soutenir son projet avait créé un « comité céleste » et invoquait déjà « Notre Dame du Tchad ». Plusieurs documents, par la suite, mentionneront ce titre. Curieusement, à sa consécration en 1965, la Cathédrale devient Notre Dame de l’Assomption. Pourquoi cette évolution et ce changement de nom ?

 

Ce changement  tiendrait-il de l’histoire et donc de la tradition de la procession du 15 Août que le Père Margot avait inauguré dès  1948 ? La ville en cette année avait  été consacrée à la Vierge Marie. Tous les fidèles de la ville venaient  depuis lors en procession pour une célébration commune de la fête de l’Assomption. Désormais, le 15 Août sera un jour de fête patronale et l’on verra chaque année des officiels ainsi que des notables musulmans assister à la messe célébrée en plein air, au bord du Chari. Le pèlerinage de 1949 a rassemblé un millier de personnes.

 

d)     Les difficultés

 

Dans les années 1950, les participants à l’Eucharistie dominicale étaient essentiellement des français, quelques métis, des libanais, des congolais de Brazza, des centrafricains, des dahoméens (béninois) et des nigérians. Les statistiques du 30 juin 1959 donnaient pour tout le diocèse de Fort-Lamy 11 131 catholiques dont 2 651 baptisés.

 

La première difficulté est d’ordre technique : l’exiguïté des lieux. L’espace accordé à la Place de l’Indépendance pour construire la cathédrale est trop petit. Pour solutionner le problème, il est décidé de construire le lieu de culte trois mètres au -dessus du sol. Pour l’organisation spatiale des activités,  le rez-de-chaussée avait une orientation culturelle, tournée vers  l’éducation populaire. Pour ce faire il y avait une bibliothèque de prêt de livres, une librairie, un ciné-club, des cours du soir (toujours le souci d’assurer une formation continue à tous)  et plus tard un studio pour réaliser des émissions radio. Le rez-de-chaussée abritait également un presbytère où résidait une communauté de quatre prêtres. Il sera par la suite délocalisé à Djambalbarh, derrière le cinéma le Normandie. Par l’organisation des kermesses, la cathédrale assumait son rôle de rassembleur : Les tchadiens de toutes origines  se côtoyaient et passaient ensemble une journée de fête.

La seconde difficulté est  d’ordre financier. Les contributions pour la construction de la cathédrale ne sont pas aussi massives qu’elles ne le furent dans le cas de Notre-Dame des Victoires. Mgr Dalmais qui ne se décourage pas dit qu’il ne reste qu’à se remettre à la providence. Cependant après de vrais gymnastiques, il réussit à finaliser les travaux et le 28 mars 1965, il consacrait la cathédrale. Cette date correspondant au 30ème anniversaire de la première arrivée du Père de Bélinay, « l’ancêtre-fondateur ». Mais il en sort avec une dette de quinze (15) millions de francs alors que l’escalier central reste encore à achever. Le clocher lui  sera vraiment « plus tard  quand les temps seront meilleurs ».

 

L’œuvre accomplie, Mgr Dalmais écrit sous forme d’épilogue dans une de ses correspondances :

 «  Cette Cathédrale,  est un beau témoignage chrétien dans un pays où la foi est encore ignorée d’une grande partie de la population ».

 

 

 

                                         

 

                              Les ouvriers sur le chantier et la charpente achevée.(photo de droite)

La Cathédrale Notre Dame de l’Assomption avant l’incendie…(la base du clocher est au premier plan)

 

c - Notre-Dame de la Paix

 

En 1979, le Tchad entre dans la tourmente de la guerre civile. Elle éclate à N’Djamena le 11 février 1979 et  va durer jusqu’en juin 1982. La cathédrale est située au milieu d’un champ de bataille opposant plusieurs factions rivales (« tendances »), notamment celles d’ Hissène Habré (FAN) et de Goukouni ( FAP). La cathédrale, victime collatérale de la guerre,  malgré les décombres abritera le 27 mars 1980, une rencontre de réconciliation éphémère  entre  les belligérants qui se battaient pour le contrôle de la capitale. Cette rencontre de réconciliation dans ce lieu qui porte encore les stigmates de la guerre signifiait en réalité sa reconnaissance comme maison de Dieu, donc maison de la paix, par des adversaires musulmans en recherche de la  paix…

La disponibilité constante de l’Eglise pour contribuer au développement social et pour servir la cause de la paix remonte à l’origine de l’Eglise au Tchad. Mgr Dalmais l’a affirmé dans un discours mémorable la veille de la proclamation de l’indépendance du pays : « c’est le désir de Dieu et le désir suprême exprimé par le Christ la veille de sa mort que règne entre les enfants du Tchad la paix et l’amitié… Il importe souverainement que les chrétiens soient des artisans de paix et d’unité … il n’y a plus pour l’amitié et la paix ni musulman, ni chrétien, ni païen, ni noir, ni blanc, mais des hommes aimés de Dieu et qu’un concours providentiel de circonstances a appelés à travailler ensemble au bien du pays. » (07 août 1960).

 

 

  Rencontre de réconciliation dans la crypte de  la cathédrale le 27 Mars 1980, Photo de gauche. Le 29 mars1980, l’Imam de la Grande Mosquée saluant les négociateurs à leur sortie ( photo de droite)

 

L’incendie de la cathédrale de N’Djamena le 30 avril 1980 fut ressenti au niveau national… comme un drame, comme le summum de la volonté implacable d’un homme d’arriver au pouvoir coûte que coûte. Face à la décrépitude et à la guerre qui semble s’enliser, la grande partie de la communauté chrétienne avec le personnel apostolique se sont réfugiés à Kousseri, ville camerounaise, en face de N’Djamena qui avait  accueilli ses habitants dès les premiers jours des combats.

 Le retour progressif des fidèles en 1982 après la conquête du pouvoir par Hissène Habré et la nomination de Mgr Charles VANDAME au siège métropolitain de N’Djamena vont permettre la relance des activités pastorales dans les deux paroisses de la ville (Chagoua et Kabaaye). La cathédrale étant détruite, la paroisse de Kabalaye où a été intronisé Mgr Vandame va servir pendant quelques temps aux grandes célébrations. C’est alors que la question de la reconstruction de la cathédrale va s’imposer.

 

Mgr Vandame renonce à  l’idée de la reconstruction à l’identique  à cause du « coût élevé »  et opte pour une réhabilitation plus modeste. Il fallait agir vite pour accompagner la paix qui commençait à s’installer. La reconstruction de la cathédrale, pour de nombreux tchadiens, chrétiens et musulmans signifiait le retour définitif de la paix dans le pays. Grâce aux nombreuses contributions des Eglises sœurs, les travaux démarrent rapidement et modestement. A sa consécration le 06 décembre 1986, elle fut baptisée logiquement Notre Dame de la Paix.

 

Mgr Vandame dont la devise est « Heureux les artisans de la paix »  disait lors de l’inauguration que « cette cathédrale dans laquelle des chrétiens viendront prier soit un lieu où les hommes apprennent le chemin de l’amour et de la paix ». Le chemin était ainsi tracé pour les fidèles. Il leur revient de faire du chemin ensemble avec tous les autres tchadiens  pour construire la paix dans le cadre d’une coexistence faite de l’acceptation des valeurs et des cultures de l’autre. L’appellation « Notre Dame de la Paix » est plus éloquente et plus appropriée surtout pour les non-chrétiens, dans ce pays longtemps secoué par la guerre. Cette recherche et cette construction de la paix se matérialise au niveau du dialogue inter-religieux, dans les séances des prières interconfessionnelles pour la paix qui ont commencé dans cette cathédrale et qui se déroulent maintenant sur la place publique, en présence des autorités du pays et des autres leaders religieux.

 

 

Monseigneur Charles Vandame coupant le ruban lors de la cérémonie de l’inauguration officielle de la

cathédrale reconstruite le 6 decembre 1986

    

   Le Pape JPII recevant les séminaristes à la cathédrale en 1989.

 

III- LA RESTAURATION

 

Monseigneur Mathias NGARTERI Mayadi  qui a succédé à Monseigneur Vandame en 2003 sur le siège épiscopal à Ndjamena, reprend l’idée de la restauration de la cathédrale à l’identique avec l’appui des fidèles et du clergé. Par une conjonction de circonstances et  de volontés, le Président de la République s’est proposé pour le financement de l’œuvre ainsi que la construction d’une basilique. Mgr Mathias a aussitôt accepté l’offre de l’Autorité publique.

 

Une équipe est mise sur pied pour le suivi des deux grands chantiers (le président s’est aussi engagé de construire une basilique pour permettre la bonne tenue des grands rassemblements) financés sur les fonds des Grands travaux présidentiels. C’est un nouveau départ, une autre perspective pour la cathédrale. Les travaux devaient coûter 7 200 000 000 frs cfa, soit environ 11 millions d'euros et durer 18 mois. Le chantier est confié aux groupements des entreprises SOGEA-SATOM et les travaux ont effectivement démarré le 22 juillet 2013.

 

Pour permettre la réalisation de l'ouvrage, les paroissiens de la cathédrale ont emménagé sous une grande Tente dressée non loin de là, sur la Place de la Nation. Le 28 avril 2013, les fidèles de la cathédrale ont célébré leur première messe sous la « cathédrale bâchée ». Mgr Mathias décède le 19 novembre 2013. Quelques mois après, le chantier est suspendu…raison non avouée : la crise financière due  à la chute du prix du baril de pétrole…Il y a bientôt quatre ans que cela dure….

                        

                                               Conclusion : de la victoire à la paix

 

Après avoir vécu les affres de la guerre,  après avoir été entrainés dans un conflit politique couvert souvent du vernis religieux, les tchadiens doivent réinventer l'art de construire et de maintenir la paix, de vivre ensemble avec leur diversité culturelle ou religieuse.  Il s’agit de développer les rencontres et le dialogue pour faciliter la connaissance et la reconnaissance de l’autre dans sa différence.

 

La paix n'est pas seulement l’absence de guerre car c'est souvent quand les armes se sont tues que le plus difficile reste à faire. Notre pays se trouve à un carrefour multidimensionnel : géographique, historique, culturel et religieux... En témoigne son implication dans la lutte contre le terrorisme international devenu un défi planétaire. Dès lors que ce terrorisme se nourrit des terreaux religieux, il est à craindre que les adeptes des rivalités d'intérêts et de pouvoir,  «  surfent » sur le fait religieux pour  ériger un système de gestion  niant la diversité religieuse et partant la laïcité.

 

L’effort pour promouvoir la justice sociale, comme moyen pour éviter la radicalisation, le repli identitaire et le retour en arrière doit s’accompagner d’un dialogue social permanent, interreligieux, non seulement au niveau hiérarchique mais surtout entre les communs des fidèles.

 

 Les valeurs évangéliques  et humaines sont des repères à partager avec les autres croyants pour que règnent la justice et la paix. Les valeurs républicaines sont des ciments de l’unité nationale à promouvoir en tout temps par tous pour permettre à tous les croyants sans distinction, de vivre librement leur foi sur l’ensemble du territoire national.

 

Comme on peut le voir, dès le départ de la mission de Fort-Lamy, la problématique de la cohabitation pacifique, du vivre ensemble, était  présente dans tous les esprits et se présentait comme un défi à relever par tous, croyants ou non. Ainsi ce  « pays providentiel à la fois islamo-chrétien et animiste, franco-arabe de langue et de mœurs »,  qu’est le Tchad sera le produit de cette diversité avec le concours de tous, la foi de tous, l’amour de chacun pour son prochain. Ce projet d’hier est encore porté aujourd’hui par les fidèles de la cathédrale à travers leurs engagements sociaux.(dons faits aux fidèles nécessiteux d’une mosquée du quartier Bololo pendant le ramadan 2014).

Ce parcours de l’histoire de l’Eglise de Fort-Lamy…  « De la Victoire  à la Paix » est en réalité un retour sur l’histoire tumultueuse du monde et du Tchad. La cathédrale, chef d’œuvre architecturale et victime oubliée de cette tragédie,  est la gardienne de cette épopée  mémorable. Les chrétiens, blancs ou noirs, tchadiens ou étrangers ont  porté  et devront plus que jamais, porter les valeurs évangéliques, au cœur de la cité pour contribuer  à la construction d’un pays aux milles couleurs.

Le défi pour les fidèles de la cathédrale aujourd’hui, c’est celui de la fidélité à l’audace des pionniers que nous avons évoqués : le P. de BELINAY et les premiers missionnaires, le général LECLERC ses compagnons et sa famille, NN du BOUCHET, DALMAIS, VANDAME  et  NGARTERI  sans oublier les curés successifs et les ouvriers locaux  et ceux venus du Logone.

 

Abbé Raymond N. MADJIRO, ancien curé de la cathédrale.

 

 

 

 

ANNEXES

 

1.      Les cures de la cathédrale

 

Les curés de la cathédrale ont été successivement :

 

-         P. Robert LANGUE en 1958,

-         P. VOOG en 1959,

-         P. TERRENOIRE en 1960,

-         P. VOOG de nouveau

-         P . Hubert VERNET  1970 - 1982

-         P. Gorges DAMON  1982 - 1986.

-         P. Jean WILLIET de  1986 à 1997.

-         Abbé BOLLOMEY  1997 - 2000

-          Mr Mayoroum,  Président du Conseil de Gestion  2000 -2002

-         Abbé Benjamin TOYDIBAYE de  2002-2006

-         Abbé Raymond Naingaral MADJIRO de 2006-2018

-         Abbé Achille Teldjim DJIMWOI 2018-

 

2.      Les photos (source : archives diocésaines)                                            

 

                    Le Président TOMBALBAYE entant dans la première cathédrale de Fort- Lamy

Le général LECLERC en prière                     Mgr Paul DALMAIS,  premier évêque de Fort-Lamy

 

 

Cathédrale Notre Dame de la Paix (Première restauration)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cathédrale  Notre Dame de la Paix 1986 …(  ICI devenue aujourd’hui un chantier inaccessible .)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mgr Mathias NGARTERI   MAYADI                   

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mgr DJITANGAR Goetbé Edmond (au premier plan)

 

 

La Tente-Cathédrale (Entrée principale)

 

 

                                             La Tente-Cathédrale : Assemblée dominicale ordinaire

 

 

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