DECLARATION DE LA CONFERENCE EPISCOPALE DU TCHAD RELATIVE A LA PANDÉMIE DU COVID-19

DECLARATION DE LA CONFERENCE EPISCOPALE DU TCHAD RELATIVE A LA PANDÉMIE DU COVID-19



 

La présente déclaration des évêques du Tchad a pour but de contribuer à la lutte contre la pandémie du Coronavirus et d’offrir l’aide de l’Église Catholique dans l’urgence à porter secours aux malades et aux personnes démunies. Ceci d’autant plus que plusieurs craintes provenant de sources autorisées et qui avaient été exprimées se trouvent confirmées et c’est ainsi que nous nous retrouvons dans une crise d’ampleur croissante.

 

Décisions et mesures prises par l’État

 

1. La menace de la pandémie sur le Tchad avait amené le gouvernement tchadien à mettre sur pied une Cellule de Veille et de Sécurité sanitaire qui a pris certaines mesures préventives dès le 16 mars 2020 dans la perspective du développement de la maladie. Et effectivement, le 19 mars, les premiers cas ont commencé à être signalés. Devant leur augmentation, d’autres décisions ont rapidement suivi, de plus en plus restrictives pour la population.

 

Comme Eglise catholique nous avons apprécié la prompte réaction de l’Etat et nous avons pris acte des décisions prises par les Autorités et, comme pasteurs, nous avons invité nos fidèles, dans une déclaration rendue publique le 21 mars 2020, à s’impliquer dans ce combat contre la maladie. Cela n’était pas sans douleur à cause surtout de la fermeture des lieux de culte dans le contexte du Carême qui venait de commence. Le Carême, comme tout le monde le sait, est le temps-fort par excellence de l’Eglise catholique qui débouche sur la grande fête de Pâques.

 

La fermeture des lieux de culte ne signifiait cependant pas pour nous la suppression de toute prière et de tout culte, mais concernait la « suspension des célébrations religieuses publiques » dans le respect des normes données par les autorités sanitaires. La couverture médiatique des cérémonies de la semaine Sainte, et des liturgies qui ont suivi, nous a permis et nous permet encore d’assurer une certaine suppléance à l’essentiel.

 

2. Comme Église catholique, notre déclaration du 21 mars était déjà une première contribution pour prévenir l’extension de la pandémie avec les moyens qui étaient à notre portée. Nous avons demandé à tous les fidèles d’observer les orientations officielles nous avons demandé à nos structures spécialisées que sont nos hôpitaux, nos centres de santé et les médias de les faire connaître.

 

C’est ainsi que des outils concrets ont commencé à être développés pour faire barrage au Covid-19 : confection de masques et autres outils de protection, programmes de sensibilisation, démonstrations de méthodes de prévention etc...

 

Les mesures gouvernementales sont très appréciables mais des lacunes ont été constatées dans leur élaboration et beaucoup de difficultés existent dans leur mise en œuvre, faute de moyens adéquats de mise en œuvre.

 

« Mieux vaut prévenir que guérir » !

 

3. L’Asie et l’Europe ont été les premiers continents à subir, de façon parfois dramatique, malgré leurs structures sanitaires développées, les dommages du coronavirus. Mais notre continent n’est pas resté à l’abri et on entend de plus en plus que des personnes sont malades et meurent dans différents pays…Et notre pays n’est en reste. Comme notre pays est très démuni au plan sanitaire, il s’impose de privilégier la sensibilisation de tous les citoyens dans la lutte commune contre la pandémie à partir des moyens maitrisables, qui sont aussi les plus efficaces.

 

Pour ce qui est du rôle de l’État, il ne s’agit pas seulement de prendre des mesures, mais surtout de permettre au maximum de citoyens de pouvoir les mettre en pratique en ayant accès aux produits de première nécessité comme l’eau et le savon, aux denrées alimentaires comme l’huile, le sel, le sucre, la farine, et aux moyens nécessaires que sont l’énergie électrique, le carburant et le gaz domestique.

 

Ces produits de consommation et d’utilisations courantes sont indispensables, il faut les rendre plus accessibles par des subventions ciblées. Une bonne partie de la population en zone urbaine et en campagne vit au jour le jour et ne peut pas s’en sortir si des mesures exceptionnelles de contrôle des prix et le libre accès à ces biens ne sont pas assurés.

 

4. Notre foi nous fait espérer la fin proche de la pandémie mais il nous faut dès à présent envisager un immédiat « après Covid-19 » qui doit nous préoccuper non sans raison. Nous voulons aussi attirer l’attention des plus hautes autorités de l’Etat et particulièrement celles qui sont en charge du développement rural et de l’élevage sur d’éventuelles menaces sur l’agriculture : les sautereaux et les oiseaux granivores.

 

C’est des zones rurales que proviennent les biens de première urgence et de première nécessité : la nourriture. La saison des pluies est déjà là et c’est le temps des semailles. Il faut prendre des mesures concrètes pour permettre aux agriculteurs de cultiver les champs en toute quiétude. La saison agricole peut être compromise par les continuels conflits entre éleveurs et agriculteurs au début et à la fin de chaque saison des pluies

 

Nous encourageons vivement les autorités administratives et militaires à tout mettre en œuvre pour éviter ces conflits sanglants et c’est l’occasion de manifester concrètement la nécessaire complémentarité entre les agriculteurs et les éleveurs. Une trêve sociale devrait être décrétée dans le milieu rural pour une période allant des semailles aux récoltes afin que soit assurée notre sécurité alimentaire après la pandémie du Covid-19.

 

La nécessaire solidarité

 

5. Nous avons apprécié la mise en place de la Cellule de Veille et de la Sécurité sanitaire, coordonnée au plus haut sommet de l’Etat. Le Gouvernement a ainsi pris une série de mesures destinées à la fois à prévenir et à combattre cette pandémie, et à en atténuer les conséquences économiques et sociales sur la population.

 

Dans son discours du 14 avril 2020, le Chef de l’Etat en appelle à toutes les organisations et associations de bienfaisance pour que l’assistance aux couches les plus défavorisées de la population soit assurée. C’est un appel à un nouvel élan de solidarité pour garantir la cohésion sociale à laquelle notre conférence épiscopale a toujours été sensible.

 

Mais l’histoire et l’expérience nous enseignent que « le malheur des uns fait le bonheur des autres » ! Combien de personnes, d’associations, ne vivent-elles pas aux dépends des autres, même des malades et des pauvres ? Et les signes ne manquent pas que cela risque de se passer chez nous à l’occasion de la lutte contre le coronavirus et l’assistance aux plus démunis.

 

Étant donné les moyens mis en œuvre, des gens vont se positionner, des associations vont se créer, des monopoles vont se constituer pour y avoir accès. Les épidémies sont souvent des occasions propices pour détourner l’aide destinée aux pauvres. La conséquence immédiate c’est l’exclusion des franges les plus vulnérables de notre société ; cela est contraire à la cohésion sociale. C’est une question de justice sociale.

 

La participation du privé à cet appel à la solidarité

 

6. La situation créée par le coronavirus nécessite absolument la collaboration entre l’État et le privé. Et une collaboration efficace ne peut exister si chacun reste cantonné dans ses propres projets et refuse de mettre ses moyens à la disposition des collaborateurs. Il faut en effet :

 

procéder à un recensement réel des personnes démunies selon des critères objectifs dans les différents domaines et zones d’action ;

 

gérer les ressources privées mais aussi celles de l’État pour assurer une distribution rationnelle aux plus nécessiteux ;

 

organiser la collecte de denrées alimentaires ou produits de première nécessité.

 

Cela signifie à l’évidence que toutes les forces doivent être mises ensemble pour s’assurer que les personnes réellement démunies soient mieux identifiées et que la priorité leur soit donnée dans l’assistance. L’État a certainement plus de moyens que le privé, mais n’a peut-être pas l’expérience et la connaissance que peuvent avoir les Associations ayant un volet social et qui ont fait les preuves de leur engagement dans les actions de secours aux démunis.

 

« L’Eglise, experte en humanité »

 

7. Nous ne pouvons pas parler pour tout le privé, ni même pour toutes les associations religieuses ; nous nous limiterons donc à ce qui concerne notre Église.  L’aide sociale que nous appelons « charité » fait partie de sa nature et de sa vocation car le grand commandement que lui transmis son Fondateur c’est celui de l’amour et l’attention à toute situation de détresse humaine fait partie de sa nature. Du haut de la tribune des Nations Unies, le pape Paul VI la fortement souligné en 1969 en déclarant que l’Eglise est « experte en humanité ».  

 

L’Eglise catholique au Tchad a eu, en différentes circonstances, à manifester cet amour de Dieu pour l’humanité à travers l’engagement de ses réseaux Caritas diocésains (Secadev et Belacd) dans la gestion des crises humanitaires, avec l’appui des Caritas des autres Eglises catholiques du monde.

 

Elle ne prétend pas être parfaite mais il faut reconnaître qu’elle a fait ses preuves ; ce que reconnaissent la population et les Autorités dans ses interventions lors des famines, dans les camps de réfugiés, et surtout par ses œuvres de santé, d’éducation et de promotion sociale.

 

Proposition de la collaboration de l’Église catholique

 

8. Nous proposons donc la collaboration de l’Eglise catholique pour faire face à la situation actuelle qui pourrait devenir dramatique. Nous n’avons pas de ressources illimitées contrairement à ce que beaucoup pensent : nos ressources proviennent essentiellement des dons des fidèles chrétiens locaux ou de l’Eglise universelle.

 

Nous ne pouvons offrir que l’expérience que nous avons acquise pour de pareilles circonstances à travers nos institutions, en particulier notre réseau Caritas et d’autres structures qui nous permettent l’assistance aux plus démunis de notre société.

 

Nous déplorons que les institutions de notre Église ne bénéficient pas toujours des mêmes avantages et ressources que d’autres organisations. Il arrive même que les ressources qui lui sont destinées pour son travail ne lui arrivent pas sous prétexte qu’elle trouve des moyens ailleurs. C’est non seulement de la malhonnêteté mais de l’injustice qui ne nuit pas seulement à l’Église mais vole les pauvres qui devraient bénéficier de son action.

 

Nous soulignons aussi que l’Église met son point d’honneur à ne pas faire de distinctions, ethniques ou religieuses, dans l’aide sociale qu’elle apporte ; aussi nous insistons pour dire que seule la solidarité sans préjugés peut nous permettre de vaincre ce fléau du Covid-19 : la solidarité locale, nationale et internationale.

 

Nous avons entendu ce qui s’est passé en Asie et en Europe autour de la pandémie du Covi-19 et nous avons apprécié positivement le dévouement de certains, même jusqu’à donner leur vie, et par la collaboration entre pays ; mais négativement, nous déplorons l’égoïsme des autres, que ce soit des entreprises ou des États.    

 

Conclusion

 

Nous encourageons la Cellule de Veille et de Sécurité sanitaire à continuer de remplir sa mission dans l’abnégation et l’écoute attentive des commissions spécialisées qu’elle a mises en place pour lutter contre le Covid-19.

 

Nous tenons une fois de plus à féliciter tout le personnel de la santé, des médecins jusqu’au personnel auxiliaire des services hospitaliers en passant par les infirmiers et infirmières, pour tous les sacrifices qu’ils consentent pour notre santé.

 

Nous saluons l’engagement notable des médias privés dans cette lutte. Malgré les faibles ressources dont ils disposent, ils continuent d’assurer la formation et de relayer l’information pour nous aider à éviter le pire.

 

Nous exhortons les services de la sécurité publique à faire preuve de patience et d’humanisme dans l’exécution des consignes reçues.  

 

Nous prions pour tous les malades et ceux qui les assistent afin qu’ils recouvrent promptement la santé. Nous n’oublions pas ceux qui ont trépassé. Qu’ils reposent dans la paix de Dieu.

 

Que l’arrivée de cette pandémie ne soit pas seulement une source de malheur mais aussi un appel à la conversion pour une plus grande solidarité dans notre pays.

 

Que Dieu protège et bénisse le Tchad !

 

 

 

N’Djamena le 8 mai 2020

 

Pour la Conférence Episcopale,

 

+  DJITANGAR Goetbé Edmond,

Archevêque métropolitain de N’Djamena

 

                                                     Président de la Conférence Épiscopale du Tchad

 

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